|
|
 |
Eléments
d'histoire de l'IFRAMES le Campus
Nous
pouvons distinguer, dans l'histoire de
l’association, deux grandes périodes, qui recoupent
deux grandes phases historiques dans l’évolution du
travail social. |
 |
De 1949 à 1971 : Fondation et
prédominance de la logique d'aide |
 |
Comme
le précise Michel CHAUVIERE, la création de l’école
d’Angers s’inscrit « dans un ensemble
d’initiatives très marquées idéologiquement
et appuyées sur le mouvement Cœurs Vaillants ayant
son siège rue de Fleurus à Paris. Dès 1941, le
mouvement Cœurs Vaillants s’était soucié lui
aussi d’ouvrir des écoles de cadres pour ses
monitrices d’enfants. L’affaire avait même été
confiée à un prêtre du diocèse de Marseille,
l’abbé Barthélémy, qui possédait un château
familial à Peynier dans les Bouches-du-Rhône.
D’autre part, le siège social à Paris avait
commencé d’organiser des cycles de formation pédagogique
dans les séminaires et dans les institutions ayant
à s’occuper d’enfants et proches du mouvement Cœurs
Vaillants.
La Libération
, largement analysée dans ces milieux, comme un
« effondrement des valeurs morales »
appelle un redressement de la situation. C’est
avec ces présupposés qu’est alors imaginé par
l’abbé Courtois, directeur des œuvres et pour être
réalisé par l’abbé Barthélémy, le projet
d’un corps d’assistantes catholiques, plus ou
moins bénévoles, spécialement consacrées au
problème de l’enfance. Il n’est d’ailleurs
pas impossible que ce projet ait comporté
à l’origine l’idée d’une sorte de
congrégation sécularisée et marginale. On notera
en tous cas, la résurgence, dans la terminologie même,
de l’idéal assistanciel du début du siècle, qui
s’oppose en 1945 à toute la technologie rééducative. »
(1)
Deux
écoles sont ouvertes, l’une à Besançon en 1945,
l’autre à Paris en 1946 . En 1947, c’est à
Alger, en 1949 à Angers ; 6 autres écoles
suivront, toutes nées du groupe AMCE (Assistantes
et Monitrices Catholiques de l’Enfance) sous la
direction de l’abbé Barthélémy.
« J’avais
conscience d’avoir reçu par l’intermédiaire de
l’Union des œuvres, un mandat qui était confirmé
par l’épiscopat, d’avoir un réseau d’écoles
en France », précisait le Chanoine
Barthélémy.
Comme
le rappelle Michel CHAUVIERE, « En 1947, le
journal catholique
La Croix
publie un article publicitaire qui fait entrevoir
deux objectifs à ce réseau : assurer une présence
d’église, concurrencer par une organisation
parallèle la laïcisation en cours de
l’assistance »…
Ainsi
la fondation de l’Ecole d’Assistantes
Catholiques de l’Enfance d’Angers s’appuie
t-elle sur les principes suivants :
« Réalisant
une vocation bien féminine et profondément chrétienne ,
le rôle d’éducatrice catholique permet de
remplir une magnifique mission de dévouement auprès
de l’enfance et d’exercer un bel apostolat…
Il
est capital que nous fassions de nos élèves des
femmes de tête, de volonté et de cœur…La
tendance actuelle d’oublier l’homme réel total,
celui qui vit, et qui vit dans la société où il a
un rôle à remplir, tendance qui aboutit à
hypertrophier l’individu purement rationnel, ne
peut être pour nous une excuse valable à un
glissement dans le même sens…Faisant partie intégrante
de l’enseignement et de la vie de nos écoles, les
études religieuses sont conçues de façon à
alimenter aux sources profondes la vie même des élèves,
ainsi que leur mission sociale et éducative… »
(2)
Ces
arguments n’en restent pas moins extrêmement
fragiles. A l’intérieur même du groupe AMCE, des
clivages importants se manifesteront qui conduiront
certaines écoles du groupe à s’autonomiser, ce
qui sera le cas de l’école d’Angers en 1956,
date de la rupture avec l’œuvre. Le processus
de dépérissement progressif de ce groupe dans son
idéal assistanciel de l’enfance (enfants de Dieu)
se fera dans tous les cas, au profit d’une
conversion à l’enfance inadaptée, qui non
seulement offre des stages, des débouchés, mais
surtout consacre l’investissement possible des
sciences humaines par les milieux catholiques
« progressistes ».
A
cette époque, la remise en cause d’un intégrisme
idéologique contesté au sein même de l’Eglise
va progressivement se conjuguer aux effets produits
par des résistances certaines à la
professionnalisation des éducateurs, à la
technicisation et
une certaine politisation de la question de
l’inadaptation, un mode de gestion archaïque et
paternaliste venant accentuer la dégénérescence
du mouvement. » (3)
Ainsi
l’existence même de l’AMCE en tant que
communauté – association – groupement particulièrement
intégriste, et ce alors que la notion d’œuvre
chrétienne a disparu depuis Vatican II, est-elle
battu en brèche au sein même des milieux cléricaux,
ce qui
aboutit à Angers, à partir de 1956, au
rattachement de l’école à l’université
catholique, la direction en étant assurée par des
religieuses « progressistes » jusqu’en
1971.
|
|
| |
|
|
|
| |
|
 |
De 1971 à 1998 : Une professionnalisation
chaotique |
 |
L’année
1966-1967 voit un certain nombre de modifications
intervenir au niveau national.
Les
écoles commencent à être agréées par le ministère
de
la Santé
, donc budgétisées en partie. Ce qui se traduit
par un allègement de la charge financière des étudiants,
et par l’instauration de modes de contrôle de la
gestion économique et pédagogique des écoles par
l’Etat. Au niveau du recrutement, du fait du
moindre coût des études, la population des élèves
se diversifie et s’élargit. Enfin, pour mémoire,
un décret du 22 février 1967 institue le diplôme
d’Etat d’éducateur spécialisé. En 1968,
l’aide de l’Etat se généralise, assortie
d’un contrôle plus strict des conditions de
fonctionnement des établissements.
Consacrant
l’amorce de syndicalisation du secteur, une
convention collective ordinaire de l’enfance
inadaptée est signée en 1966. Elle améliore
singulièrement la convention de 1951 (pourtant étendue
en 1961), et accorde aux éducateurs et aux
formateurs d’écoles une place reconnue.
Depuis
la grande réforme administrative de 1964 enfin, les
services extérieurs du ministère sont restructurés
en directions régionales et départementales
d’action sanitaire et sociale sous l’autorité
des préfets, pendant que les anciennes A.R.S.E.A.
(privées avec mission semi-officielle) ont été
transformées par l’administration en C.R.E.A.I.,
plus représentatifs, plus privés au regard de la
loi, mais dont la tutelle est aussi plus marquée
– et l’U. N.A.R. en C.T.N.
Comme
le souligne Michel CHAUVIERE, « l’appareil
d’Etat, qui associe encore plus étroitement ainsi
les partenaires sociaux à son administration, en
est politiquement et techniquement renforcé. Somme
toute un secteur en pleine croissance, relativement
efficace, qui a pour toutes ces raisons la confiance
politique de l’Etat…
Mai
1968 vient d’ailleurs : des universités, de
la rue. Mais les préventions déontologiques et matérielles,
lentement élaborées au cours des ans contre tout
risque de remise en cause des finalités, pour une
fois seront relativement inefficaces. Au-delà des
actions spectaculaires (occupation du C.T.N. et
d’une quinzaine d’écoles) qui ne galvanisent
que les déjà politisés, quelque chose change
lentement mais profondément dans les représentations
de l’action éducative. Car rien n’est plus évident,
ou tout au moins les justifications multihumanistes
données jusqu’ici ne sont plus suffisantes. La révolution
de Mai dans l’enfance inadaptée, c’est donc
tout à la fois une crise des systèmes de régulation
(culture professionnelle, sélection, formation) et
l’apparition du doute politique quant aux
fonctions du travail social.
C’est,
pourrions-nous dire, la découverte simultanée de
la division du travail au sein du travail social et
de la place du travail social dans la division généralisée
du travail par des gens qui, dans leur motivation à
l’action sociale, manifestent qu’ils cherchent
à fuir cette même division du travail. Les éducateurs,
comme les assistantes sociales, comme les animateurs
découvrent leur pratique contestable,
contradictoire même avec leur adhésions politiques. »
(4)
L’école
d’Angers n’échappe pas à cette phase de doute
et d’interrogations.
Outre
l’installation dans de nouveaux locaux proches du
Campus universitaire, en 1971, la laïcisation du
personnel à partir de cette date, la création
d’un site nantais et d’une seconde école,
La Classerie
, indépendante, à partir de 1980 et la
modification à deux reprises des statuts
associatifs, dont la dernière en 1991, cette période
correspond au Campus à des phases d'incertitude
renforcées par des changements de direction
successifs entre 1971 et 1998.
Alors
que la réforme des diplômes d’Etat est
intervenue en 1990, l’école voit son agrément réinterrogé
en 1992, compte tenu de la nécessité de réactualiser
le projet pédagogique et de l'existence de tensions
internes. A partir de 1994 s'effectue un
renouvellement partiel de l’équipe pédagogique
et une réorganisation des dispositifs pédagogiques.
1998 voit s’effectuer au sein de l’IFRAMES Le
Campus un travail d’élaboration collective
aboutissant à la formalisation de textes
institutionnels et orientations pédagogiques de référence.
Ainsi
retrouve-t-on, dans l’histoire de l’IFRAMES Le
Campus, les trois grandes caractéristiques pointées
par Michel Autès comme dominant la
genèse du métier et de la formation d’éducateur :
-
l’importance de l’initiative privée,
avec au départ une centration sur l’enfance et
une lecture morale des comportements
-
un tournant , dans les années 70, avec le
passage à une phase technicienne suivie d’une
phase de catégorisation et de procédures, avec
changements des référentiels théoriques, le plus
souvent dans la confusion
-
une interrogation permanente sur le métier qui
constitue d’autant plus une nécessaire fragilité
à l’heure où s’élaborent de nouvelles représentations
de la question sociale et de nouveaux dispositifs
d’intervention, entraînant de nouveaux types de
contingence.
|
|
| |
|
|
|
| |
 |
 |
Depuis 1998 |
 |
Un
processus de mutation profonde s’est
progressivement instauré dans le fonctionnement de
l’école, à la faveur d’un certain nombre de
facteurs tels que
-
une
production de services complexes confrontés au
choc de l’épreuve économique et de la remise
en cause de la pertinence des fonctionnements
collectifs antérieurs,
-
des
changements engagés de manière
multidimensionnelle et touchant aussi bien la
transformation du système productif que le développement
de nouvelles pratiques de gestion des hommes
plus participatives,
Ainsi
l’IFRAMES le Campus semble t-il pouvoir
s’apparenter à un monde en voie de modernisation
au sens où il : « apparaît finalement
comme un monde social travaillé par la recherche
d’un nouveau partage des rôles, des pouvoirs et
la stabilisation d’identités professionnelles,
cohérents avec les conditions techniques et
organisationnelles d’une économie post
industrielle en gestation. » (5)
Face
à certains risques économiques et à des tendances
lourdes dont on aurait pu craindre qu’ils entraînent
une chronicisation de la crise et des phénomènes
de répétition mortifères, l’organisation et ses
acteurs sont actuellement inscrits dans une
dynamique de changement à partir d’un recentrage
opéré sur leurs missions de service public et la réactivation
des capacités collectives, dans le cadre d’un développement
contrôlé.
Le
processus de changement à l’œuvre s’est concrétisé
en août 2004 par une nouvelle formalisation des
orientations pédagogiques de l’IFRAMES Le Campus,
intégrant les mutations du travail social qu’il
nous appartient de prendre en compte, en particulier
dans ses dimensions régionales.
|
|
| |
|
|
|
| |
 |
 |
notes |
 |
(1)
CHAUVIERE.
M « Enfance inadaptée :
l’héritage de Vichy », Les Editions
ouvrières, Paris, 1980, p.193/194
(2)
1er projet pédagogique de l’école
d’Angers
(3)
CHAUVIERE. M, op cité, p196
(4)
BEYSSAGUET.
AM, CHAUVIERE. M, OHAYON.A, « Les socios-clercs »,
ed. Maspero, Paris, 1976, p. 104-105
(5) FRANCFORT.I, OSTY.F, SAINSAULIEU.R, UHALDE.M, op
cité, p 409 « Les mondes sociaux de
l’entreprise », Desclée de Brouwer, 1998, p.270
|
|
| |
|
|
|
| |
|
|
13/02/07
|
 |
| |
|
|
|